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Menace sur les coopératives en état de défense
Chargée de conduire le développement et l'affirmation du mouvement coopératif au niveau international, l'Alliance Coopérative Internationale est tout naturellement le centre de débats et de décisions importants qui engagent le mouvement.
Deux débats agitent actuellement l'organisation. L'ACI mobilise ses experts pour faire face aux menaces découlant de la mise en œuvre de nouvelles normes comptables au niveau international. Par ailleurs, des discussions se poursuivent sur les rapports entre le mouvement coopératif et l'économie sociale et solidaire, avec des points de vue tout à fait divergents entre les membres de l'organisation.
A l'heure actuelle, l'une des missions importantes de représentation et de défense du mouvement coopératif pour l'ACI concerne le débat sur les normes comptables internationales. Une harmonisation dangereuseSous l'égide de l'Association Internationale des Normes Comptables, une tentative de réglementation et d'harmonisation se met en place avec l'objectif de généraliser de nouvelles règles comptables à toutes les entreprises. D'importantes discussions sont en cours. Pour cet organisme privé, qui donne le ton au niveau international, disposant d'une influence considérable auprès des Etats, et des grandes entreprises internationales cette harmonisation se fait en fonction des réalités et des objectifs des grandes entreprises capitalistes. L'Association Internationale des Normes Comptables ignore totalement les réalités coopératives et oublie qu'il existe un autre type d'entreprise avec des manières de fonctionner et d'entreprendre très différentes. La mise en place de cette politique est une menace pour l'ensemble du mouvement coopératif, estime-t-on à l'ACI, car, de fait, elle ne tient pas compte des spécificités des entreprises coopératives. Si dans un premier temps, elle met en cause les grandes coopératives, en particulier dans le secteur financier, à terme ce sont toutes les coopératives qui sont menacées, considèrent-ils. Une bataille d'expertsEn France et en Europe, les grandes banques coopératives ont été les premières à réagir et sont fortement mobilisées pour faire face. L'ACI a constitué un groupe de travail sur le sujet, groupe présidé par Jean-Claude Dutilleux, président du Groupement national de la coopération en France. Le conseil d'administration de l'ACI va décider d'une politique pour l'adoption de ces nouvelles orientations comptables. Un point de vue que les experts de l'ACI pourront défendre au sein du comité créé par l'Association Internationale des Normes Comptables où ils ont été invités. Partage et démocratieL'économie sociale et solidaire est, aujourd'hui, le centre d'un autre débat important au sein du mouvement coopératif international. Si cette notion est bien connue et bien ancrée en Europe, essentiellement en Europe du sud et dans le monde latin, et notamment en Amérique du sud, ce n'est pas le cas ailleurs. Les interprétations de l'économie sociale sont très différentes selon les pays. Et l'intérêt des coopérateurs envers elle est plus ou moins grand. Dans certains pays, les coopérateurs considèrent qu'il est exclu d'assimiler le mouvement coopératif à l'économie sociale. Ailleurs, d'autres estiment que le mouvement coopératif fait partie de l'économie sociale, mais pas de l'économie solidaire. Ailleurs encore, c'est le contraire. Entre le mouvement coopératif et les acteurs de l'économie sociale, il peut y avoir des valeurs communes, des démarches intellectuelles communes, mais des politiques très différentes. Plusieurs problèmes se posent. Certains entrepreneurs de l'économie solidaire ont une action sociale, mais avec une appropriation personnelle du profit. Des entreprises sociales peuvent être peu solidaires. Ça peut être le cas d'une entreprise qui travaille pour des handicapés mais qui le fait pour un profit. Or, le mouvement coopératif est contre l'appropriation personnelle, mais pour le partage collectif et démocratique des richesses. En outre, l'interprétation de l'économie sociale par certains politiques conduit à limiter celle-ci au domaine sociale avec des entreprises petites ou moyennes. Ce n'est pas la vision du mouvement coopératif. L'identité coopérativeD'autres considèrent encore que le mouvement coopératif représente à lui seul plus de 80% de l'économie sociale. Pourquoi donc se dissoudre dans un mouvement plus large et mal défini. Qui va représenter l'économie sociale dans la mesure où le mouvement coopératif y est largement majoritaire ? Si l'économie sociale est démocratique, ce devrait donc être le mouvement coopératif qui la représente. Or, pourquoi dissoudre l'identité coopérative dans un autre mouvement alors que bien au contraire ses membres souhaitent la faire valoir et la défendre ? L'attitude par rapport à l'économie sociale et solidaire est aujourd'hui un débat au sein du mouvement coopératif international. D'autant que les organisations internationales l'interrogent sur le sujet : le mouvement coopératif fait-il, ou ne fait-il pas partie de l'économie sociale et solidaire. C'est à cause de ces incertitudes que, par exemple, la participation du mouvement coopératif aux Rencontres du Mont-Blanc est limitée. Si certains coopérateurs en Europe du Sud, en Amérique du Sud, en Afrique y sont investis, ce n'est pas le cas de l'ensemble du mouvement coopératif. Aussi, existe-t-il un débat important au sein de l'ACI sur le sujet. Pour l'instant, l'organisation n'a pas d'opinion officielle car ses membres sont très partagés. Le conseil d'administration devrait définir, prochainement, une orientation. Jean-Paul BIOLLUZ
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