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Christophe Chevalier : « L'avenir de l'économie sociale et solidaire se joue sur le terrain »

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Invité par Christiane Bouchart à apporter son témoignage à l'occasion de la journée « l'économie autrement » organisée le 25 novembre par Lille métropole Communauté urbaine, Christophe Chevalier, le président du groupe Archer, a présenté cette initiative originale, unique en France, d'une entreprise de territoire, un concept qui a été élaboré avec le Labo de l'ESS et le Réseau des territoires de l'Economie Solidaire.

Installé depuis plus de 20 ans à Romans, et président du Coorace, une fédération d'insertion qui rassemble 500 entreprises de l'économie sociale et solidaire qui sont engagées dans l'insertion par l'activité économique, Christophe Chevalier explique : « Le territoire de Romans à terriblement souffert du déclin de l'activité du cuir et de la chaussure. La ville avait développé l'essentiel de ses emplois sur une quasi mono industrie qui a aujourd'hui presque disparu. Comme structure d'insertion par l'activité économique de travail, notre boulot c'est d'accompagner les chômeurs dans leur recherche d'un emploi ».

L'emploi ayant disparu massivement du territoire, le travail des structures d'insertion était remis en cause. Si elles peuvent éventuellement, par leurs actions de formation, changer l'ordre d'arrivée dans cette course à l'emploi, elles n'ont pas pour autant la possibilité d'agir pour que soient créés suffisamment d'emplois pour tout le monde (« l'insertion change l'ordre des gagnants mais ne recrée pas forcément des emplois »). Le problème du chômage n'est pas seulement un problème individuel d'inadaptation à l'emploi, il est aussi et surtout un « problème collectif, le problème d'une organisation socio-économique qui ne permet pas à tout le monde de trouver une place ».

Pôle d'excellence de la coopération économique

D'où l'idée de se lancer dans la création d'emplois et de développer le concept dit d'une entreprise de territoire. « Une entreprise de territoire c'est avant tout une entreprise, souligne Christophe Chevalier. On a ainsi beaucoup investi dans la production industrielle et dans la sous-traitance. Mais c'est aussi une entreprise qui a un regard sur le territoire sur lequel elle est implantée car elle fait autant du développement économique pour elle que pour le territoire. Cela veut dire qu'elle participe à des formes de coopération et de partenariat qui permettent de développer de l'activité économique sur le territoire dans lequel elle est implantée. Cette expression « entreprise de territoire », précise le président du groupe Archer, est une expression que l'on est un certain nombre à essayer de promouvoir au travers de pôles territoriaux de coopération économique, c'est-à-dire de pôles d'excellence de la coopération économique. C'est donc une sorte de pôle d'excellence dont l'excellence ne se trouverait pas sur un secteur d'activité spécifique mais plutôt sur la manière d'entreprendre ensemble sur ce territoire et sur la coopération économique que l'on peut y développer ».

La coopération territoriale en est encore à l'âge de pierre

« En matière de coopération territoriale, je reste convaincu que l'économie sociale et solidaire en est encore un peu à l'âge de pierre », note Christophe Chevalier. Pourquoi ? « Dans l'insertion par l'activité économique mais aussi dans l'économie sociale et solidaire, on a parfois du mal à vraiment mettre en pratique, sur le terrain, les grands principes que l'on défend à Paris. On est capable maintenant de se mettre d'accord sur des textes communs, mais on a plus de mal à construire sur le terrain des partenariats profonds et importants permettant de changer les habitudes de chacun et susceptibles de mettre en place des réponses qui ne peuvent l'être que collectivement ». « Certes, il y a des expériences collectives, remarque le président du groupe Archer. Sans doute est-il important de faire des colloques et des séminaires au niveau national, mais si l'on veut être demain une force de transformation de l'organisation socio-économique, j'ai la conviction que ça devra se passer au niveau des territoires et que c'est à ce niveau-là que les acteurs de l'économie sociale et solidaire doivent réinventer des collaborations extrêmement fortes ».

Pôle Sud, expérience romanaise

« A Romans, souligne Christophe Chevalier, nous avons regroupé dans un seul bâtiment un bureau de la CRESS Rhône-Alpes, la délégation départementale de l'Urscop, l'association Coorace, l'Adie et la Nef, deux structures des finances solidaires. Il y a dans ce bâtiment des salles de réunion pour les acteurs économiques de la zone ainsi que des salles multimédia. » « Ce lieu, que nous avons baptisé « Pôle Sud » a vocation à rassembler des acteurs pour qu'ils puissent travailler sur les ressources du territoire et sur les problèmes de développement économique. D'une façon générale, je trouve que l'économie sociale et solidaire ne s'investit pas assez dans l'industrie ».

« C'est sur cette question du développement industriel que nous travaillons depuis une dizaine d'années, précise encore le président du groupe Archer, et plus encore depuis cinq ans au travers de trois axes :
les sinistres d'entreprise ou comment éviter des liquidations d'entreprises et envisager des reprises d'activités
la question des relocalisations (c'est ce que nous avons fait en créant un atelier et en lançant une marque de chaussures, la marque made in Romans)
la coopération économique ».

Made in Romans

« Certains pensaient que la chaussure à Romans, c'était foutu, explique Christophe Chevalier. Nous nous disons : nous sommes une entreprise de résistance. Nous ne sommes pas obligés de réussir mais nous avons le devoir d'essayer. Et nous avons racheté une ligne de montage de Jourdan. Avec l'aide de deux cadres retraités de la chaussure, nous avons installé un atelier dans les locaux d'une Scop et nous avons relancé cette activité avec l'aide de l'association des amis du cuir. Aujourd'hui, ce petit atelier de fabrication qui emploie 7 personnes est débordé, ce qui montre bien qu'il y a encore un avenir pour le cuir et la chaussure à Romans ».

Au travers de cet atelier, le groupe Archer poursuit un triple objectif : offrir aux grandes marques locales et nationales un service de sous-traitance de qualité (la crise de ce secteur avait fait disparaître la quasi – totalité des sous-traitants locaux), répondre à des demandes de créateurs sur des petites séries, mettre en place une petite gamme spécifique qui résiste aux effets de mode et qui est de grande qualité. C'est dans cette perspective que le groupe a déposé en 2007 la marque « made in Romans » en liaison avec un petit groupe de professionnels (des stylistes notamment) du secteur. « Nous avons développé un concept de chaussures éthiques (voir document ci-dessous) et nous essayons de construire des partenariats avec des boutiques du commerce équitable, ce qui doit nous permettre d'offrir au travers de ce réseau des chaussures de haute qualité à des prix abordables ». Cette petite collection a été lancée le 28 octobre 2010.

Huit entités et quinze entreprises

La chaussure n'est que l'une des activités du groupe qui est organisé autour de deux entités : l'association « mère » Archer, chargée des activités non commerciales (notamment l'accueil et l'accompagnement du groupe) et dirigée par un conseil d'administration de 22 membres dont plusieurs élus et la SAS « Groupe archer » qui est chargée des activités commerciales et des projets de développement économique, notamment dans les filiales. Les dividendes sont limités à un niveau proche de celui du livret A. Les deux entités se sont dotées de la même charte éthique et fonctionnent suivant le principe « une personne = une voix.

« Nos métiers de base, précise Christophe Chevalier, ce sont la formation, la gestion, l'accompagnement et le développement économique. Mais nous sommes sur énormément de métiers différents, lesquels sont fonctions des métiers des entrepreneurs, des chefs d'équipe et des anciens patrons de boîtes qui sont venus nous rejoindre. Cela va du labour à cheval à la sous-traitance industrielle, automobile notamment, en passant par les services à la personne ».

Au sein du groupe Archer, il y a huit entités juridiques et quinze entreprises, pour la plupart de petite taille et qui, au quotidien, fonctionnent toutes de façon autonome. Dont une coopérative d'activités et d'emplois Arcoop qui rassemble des salariés qui travaillent aussi bien dans le domaine de l'élagage que dans la communication, l'infographie ou la photo et une association qui est chargée de l'accompagnement et de l'insertion par l'activité économique. Le groupe assure la partie transversale comme par exemple la gestion des ressources humaines et la mise en commun de certains moyens. Le groupe Archer emploie chaque année quelque 1 200 personnes pour un effectif en équivalent temps plein d'environ 270 personnes.

Pourquoi avoir choisi le statut de SAS ?

« Au moment de choisir le statut, souligne le président du groupe Archer, on avait le choix entre la SCIC [1] et la SAS [2] . Les deux avaient leur intérêt mais ce qui nous a fait pencher pour la SAS, c'est que, comme la SCIC n'avait pas d'avantage fiscal avéré, il nous est apparu plus opportun, pour mobiliser le territoire, de créer un outil connu, la SAS, et d'inscrire dans nos statuts, des règles qui nous permettent de rester dans une structure d'économie solidaire. » « A savoir notamment le principe une personne, une voix (quel que soit son apport en capital) et des dividendes limités (l'équivalent du livret de caisse d'épargne les meilleures années). Cette entreprise est une entreprise dont les richesses restent sur le territoire et dans laquelle personne ne peut s'accaparer le pouvoir. C'est pour cela que l'on peut parler d'une entreprise de territoire parce qu'elle n'est pas délocalisable et qu'elle est une sorte de bien commun ».

Mobiliser des énergies et des capitaux

La SAS est passée de 12 à 60 actionnaires en trois ans. Son conseil d'administration comprend outre l'association Archer, diverses structures comme l'Urscop, le Crédit coopératif, France Active ou Garrigue ainsi qu'un certain nombre de personnalités comme Claude Alphandéry sans oublier les artisans ou chefs d'entreprise qui se sont associés ou qui ont rejoint cette initiative. Cela a permis de mobiliser des énergies, de collecter de l'argent auprès d'entreprises locales, notamment de coopératives (le groupe dispose de 500 000 euros environ de fonds propres et réalise un chiffre d'affaires de près de 7 millions d'euros). Cela a permis également de créer un lieu d'échange et de réflexion sur les problèmes du territoire. C'est ainsi qu'ont été développés des services communs avec d'autres entreprises pour permettre aux salariés de mieux vivre dans une zone d'activités. « Plus globalement, explique le président du Groupe Archer, nous cherchons à développer des coopérations territoriales et nous agissons avec d'autres acteurs pour favoriser la création ou la reprise d'activités, le développement local de l'emploi, la promotion des filières respectueuses de l'environnement. »

Alain Goguey

Pour plus d'infos : le site du groupe Archer

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[1] Société coopérative d'intérêt collectif

[2] La SAS est tout à la fois société de capitaux et une société de personnes. Elle se distingue surtout de la SA par la grande liberté qui est laissée aux associés. Cet allègement des contraintes, - le fonctionnement interne de la SAS est essentiellement défini par les statuts dont se dote la société-, fait de la SAS un instrument de gestion privilégié aussi bien par de grands groupes que par des PME. La principale caractéristique de la SAS est qu'elle permet de dissocier le capital du pouvoir, ce qui signifie qu'un associé peut disposer de prérogatives indépendantes de sa part de capital.

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